L’enfer du cynodrome espagnol Meridiana 


En Espagne, subsiste une seule piste commerciale : le sinistre cynodrome Meridiana, à Barcelone. Dans cet enfer, environ 800 chiennes Greyhounds vivent, courent et meurent dans des conditions épouvantables. Ces chiennes, de piètre qualité, sont achetées à bas prix en Irlande, lors des ventes aux enchères : eussent-elles été moins performantes, c’est la mort qui les attendait, plutôt qu’une “carrière” dans un des pires cynodromes d’Europe.

Sachez qu’avant de rejoindre l’Espagne, ces chiennes seront transportées dans d’atroces conditions, allant totalement à l’encontre des lois communautaires de bien-être animal régissant les transports internationaux d’animaux vivants. Certaines n’y survivront pas, certaines arriveront à Barcelone tellement éprouvées qu’elles mourront peu après.

Sachez également que les quelques chiennes “retraitées” que “Lévriers en Détresse” est parvenu à faire adopter en France étaient dans un tel état d’épuisement physiologique que les vétérinaires les ayant auscultées leur donnait facilement le double de leur âge réel (indubitable en raison des tatouages auriculaires irlandais réalisés lors de l’enregistrement individuel de la portée).

Je laisse maintenant la parole à Anne Finch, fondatrice et Présidente de “Greyhounds in Need”, en publiant sa lettre ouverte d’août 2003 concernant le cynodrome de Meridiana.



Lettre ouverte de Anne Finch,  
à toute personne concernée par le cynodrome de Meridiana, Espagne 

J’écris comme administrateur et fondateur de Greyhounds In Need, pour donner mes conclusions après 12 ans de travail au nom des Greyhounds et des Galgos d’Espagne et après ma quatrième visite, en août 2003 au cynodrome de Barcelone.

Les courses et les paris sur Greyhounds, sur piste ovale, ont commencé en Espagne dans les années 30, tout comme au Royaume Uni, en Irlande, aux Etats-Unis et en, Australie, où les ouvriers urbains recherchaient un divertissement. Les courses se sont développées en Espagne - 18 cynodromes - , jusqu’à la fin des années 70, puis le nouveau régime a créé d’autres possibilités de jeu et les courses de lévriers ont progressivement décliné. En 1991, quand je suis allée la première fois en Espagne, il restait seulement 4 cynodromes. En raison de la diminution des bénéfices, de l’essor immobilier, des efforts entrepris pour montrer au public les conditions dans lesquelles ces chiens ont vécu et ont couru, aujourd’hui un seul cynodrome fonctionne en Espagne.

La situation actuelle
Le Canódromo Meridiana importe ses chiens d’Irlande (environ 250 chiennes de piètre qualité en 2002). Aujourd’hui, 750 à 800 Greyhounds sont logés dans des bâtiments non climatisés, en banlieue de Barcelone. L’espace légal par chien (en Catalogne, 2m2) n’est pas respecté. Un bloc est actuellement en rénovation pour se conformer à la nouvelle loi, qui réduira sa capacité d’accueil d’au moins de moitié. Les portes des établissements sont toujours fermées à clef avec un gardien permanent, à la suite d’une série de rapports internationaux défavorables il y a quelques années, quand les responsables d’associations britanniques et irlandaises et les journalistes ont pu, à plusieurs reprises, pénétrer dans le chenil, signaler et photographier ce qu’ils ont vu. De même, prendre maintenant des photos des Greyhounds, même lorsqu’ils ne courent pas, est interdit.

© Mo Swatek Garcia Santos : chenil des Greyhounds de course   Les chenils où sont logés les Greyhounds
  ne sont pas climatisés. Remarquez également
  l’étroitesse des ouvertures. En été, les Lévriers
  suffoquent en raison de la chaleur,
  des infrastructures métalliques et du manque
  de ventilation naturelle.
Onze réunions de course ont lieu par semaine, avec des sessions supplémentaires les jours fériés
et des tests (courses primes pour reclasser ou éliminer les lévriers les moins performants) le mercredi. Dix à 16 courses se déroulent par sessions, avec 6 à 8 Greyhounds par épreuve. Par conséquent,
environ 1 000 chiens courent chaque semaine, ce qui signifie, en prenant en compte les chiens au repos ou blessés, que chaque Greyhound court 2 ou 3 fois par semaine. En Grande-Bretagne et en Irlande, en raison des efforts et du stress consécutifs à cette activité, les Greyhounds courent en moyenne seulement 3 à 5 fois par mois.
Les distances varient entre 310 et 425 m avec 5 à 8 courbes, très serrées augmentant le risque de blessures lorsque les Greyhounds négocient les virages. En Grande-Bretagne et Irlande, pour des épreuves se tenant sur cette longueur, il n’y a que 3 ou 4 courbes, beaucoup moins serrées.
© Greyhounds In Need UK : courses de lévriers en Espagne
  Les courbes de la piste de Meridiana
  sont tellement serrées, que seules des chiennes
  de petite taille peuvent les négocier.
  Des Greyhounds mâles, de taille normale
  seraient incapables de courir sur une telle piste
  sans se blesser très sérieusement...
  dès le premier virage.
© Mo Swatek Garcia Santos : courses de Greyhounds, en Espagnecourses de Lévriers en Espagne
Les Greyhounds sont âgés de 2 à 7 ans : en Grande-Bretagne, les Greyhounds sont retirés des pistes à l’âge de 4 ans. Ces chiennes courent même pendant leurs chaleurs ou leur période de lactation : en Grande-Bretagne, un repos de 21 jours est obligatoire pendant les chaleurs et s’impose parfois durant la lactation, en raison des risques accrus de blessures ligamentaires, musculaires ou osseuses, dus à la modification physiologique des chiennes durant ces périodes.

D’autres risques
Les températures à Barcelone sont extrêmes. Cet été elles ont atteint 44°C et en hiver peuvent se laisser tomber à -2°C. Durant l’été 2003, des course en Grande-Bretagne ont été annulées, à cause de la chaleur qui n’a pourtant pas atteint les pics constatés à Barcelone. Pas à Meridiana. La plupart du temps, les courses se déroulent de 11 h à 21 h, avec seulement 3 heures de coupure au déjeuner. Cela ne tient pas compte des voyages en fourgon deux fois par jour, depuis la banlieue (8 km), qui la plupart des jours signifient le charger et décharger 164 lévriers au cynodrome, puis une nouvelle fois au chenil, dans deux véhicules sans climatisation ou chauffage. Sans compter le temps que les Greyhounds doivent rester dans un véhicule dangereusement surchauffé. En outre, les voyages coïncident avec les embouteillages, mettant les chiens encore plus en danger. Les cages dans les deux camions (chacun transportant 50 à 60 chiens) sont dans des rangées et si étroites et courtes que les pieds des lévriers pendent dehors.

© Mo Swatek Garcia Santos : lévriers de course, en Espagne © Mo Swatek Garcia Santos : Greyhounds de course, en Espagne
© Mo Swatek Garcia Santos : Lévriers de course, en Espagne   Je vous laisse apprécier les conditions de
  transport des Greyhounds, depuis les chenils
  jusqu’au cynodrome Meridiana...
  Entassées jusqu’à 60 par camion, les chiennes
  disposent de tellement peu de place que leurs
  pattes pendent à travers les barreaux.
  De même, aucune litière n’est prévue
  dans les cages pour absorber les déjections
  éventuelles et protéger les articulations des
  Lévriers.
Excepté la pose d’un mince tapis dans certains des établissements de Santa Coloma, il n’y a aucune litière dans le camion ou le cynodrome, afin d’assurer l’isolation, l’absorption de l’urine, et la protection des peaux très minces des Greyhounds, ou de leurs articulations.
Les lévriers disposent à peine d’eau, alors que les entraîneurs, eux, en ont à volonté. Le manque de soins immédiats après la course tels que le nettoyage du sable autour des yeux, des orteils et des ongles, ainsi que la réhydratation soigneuse du lévrier une fois son effort terminé (quand il a cessé de haleter), tout cela ne contribue pas à la bonne santé des lévriers s’avère très éloigné des exigences basiques.
Voici les locaux où sont parqués  
les Greyhounds avant et après les courses.  
© Mo Sawatek Garcia Santos : courses de lévriers en Espagne, le cynodrome de Meridiana

Le rôle du vétérinaire
Au Royaume Uni et ailleurs, un vétérinaire est nommé par le cynodrome pour examiner chaque lévrier avant et après sa course, vérifier ses mouvements en trottant ainsi que tous les signes de blessure ou de maladie. Des Greyhounds sont pesés à leur arrivée au cynodrome et parfois encore juste avant la course. Le vétérinaire a le pouvoir d’exclure un lévrier ou même de faire reporter ou annuler la course. Durant la course, il observe soigneusement les allures des chiens, note tous les problèmes, les coups ou les incidents et les transmet, ainsi que ses recommandations, à l’entraîneur. A Meridiana, le vétérinaire ne joue aucun rôle évident. Qu’il soit présent ou pas a toujours été un mystère. Il n’a jamais été présenté à aucun des visiteurs. Il n’y a aucun signe d’un vétérinaire travaillant dans le cynodrome, ou au chenil. Qu’en conclure ? Que le cynodrome récuse le rôle qui devrait être joué par le vétérinaire, peut-être parce que ses conclusion pourraient être catastrophiques pour l’établissement…

D’autres questions de soin
En médecine, on dit souvent que la peau reflète la santé du corps et de l’âme. Appliquons ce principe aux Greyhounds de Meridiana : beaucoup de lévriers sont sales et glabres, non seulement au niveau des cuisses où les Greyhounds ont généralement un poil clairsemé, mais l’alopécie se prolonge latéralement, sous le ventre, sur les côtes, sous la gorge, le cou, au niveau du visage et des oreilles. Aussi bien sur les vieux chiens, que sur ceux de 2 ans. Les causes possibles : l’effort, les surfaces de repos dures et abrasives, souillées d’urine, la maladie, les parasites internes ou externes, l’utilisation de cortico-stéroïdes ou autres substances (dermodectic ou sarcoptic) ou la Leishmaniose.
Les signes d’une usure prématurée des muscles et du squelette est évidente car les lévriers marchent raidement, comme si leurs hanches et articulations ne pouvaient pas fonctionner sans douleur. Une chienne hurlait lorsqu’elle courait sur l’anneau de la piste, jusqu’à ce qu’elle ait finalement ralenti, puis stoppé. On m’a expliqué qu’elle avait eu une fracture de l’épaule, qu’il était de notoriété publique qu’elle n’était plus apte à poursuivre sa carrière, mais cette chienne pouvait seulement courir quand sa douleur était masquée par des drogues, ce qui est strictement interdit dans les autres pays qui autorisent les courses de lévriers. Les dépistages anti-dopage lors de toutes les réunions de course, pratiqués sur chaque Greyhound ou au hasard, sont une part essentielle des courses de Greyhounds dans les autres pays, non seulement pour protéger les chiens, mais aussi pour préserver et démontrer l’intégrité du sport. Ceci ne a pas lieu à Meridiana.

© Greyhounds In Need UK : Greyhound de course maltraité   La Greyhound Firoy, dans les bras d’Anne Finch,
  secourue après plusieurs années passées en
  cynodrome espagnol : ses quatre membres
  fracturés n’ont jamais reçu le moindre soin.
  L’état de sa peau et de son pelage sont
  désastreux. Firoy a été adoptée en Suisse et a
  vécu une année de bonheur, loin de cet enfer.
Les muselières portées par les lévriers semblent être trop serrées pour permettre un halètement efficace qui refroidit un chien. La plupart du temps ils portent des muselières de taille 4-5, alors qu’en Grande-Bretagne, la taille habituelle de museau pour une chienne est de 6 (ou 6x si plus de profondeur est exigée) et tailles 7 ou 8, 7x ou 8x pour un mâle.
Dans le box du refuge, ce Greyhound  
hurle à n’en plus finir depuis des heures.  
Plutôt que du désespoir, le vétérinaire  
de l’association diganostiquera une crise  
de manque, consécutive au sevrage brutal  
des drogues qui lui étaient administrées  
au cynodrome.  
© Mo Swatek Garcia Santos : Greyhound de course maltraité

Note Historique
Pendant ces douze dernières années, me suis personnellement investie et j’ai travaillé aux côtés des employés dans ces établissements, pour donner des équipements et faire comprendre que les lévriers doivent être respectés. J’ai également démontré que les lévriers ayant fini leur carrière peuvent être adoptés comme chiens de compagnie à l’étranger (5.000 jusqu’ici).
J’ai travaillé pendant 2 ans (1994/96) pour réaliser une vidéo de 2 heures en espagnol, intitulée “El Cuidado del Galgo De Carreras” (les soins du lévrier de course), afin de prodiguer une information extrêmement détaillée aux entraîneurs, commissaires, soigneurs et vétérinaires, sur les soins à porter aux Greyhounds, de leur naissance jusqu’à leur mort, et sur les règles à suivre afin de pratiquer ce sport correctement dans le plus grand respect du lévrier. Mille copies de cette vidéo ont été distribuées librement aux employés des quatre cynodromes espagnols et elle est encore disponible. J’ai donné de nombreuses conférences et publié mes rapports après chacune de mes visites en Espagne, j’ai longuement discuté avec instances dirigeantes des courses en Espagne, en Angleterre et en Irlande.

Conclusion
J’en suis venue à accepter maintenant tristement que rien ici ne va changer. Les attitudes sont telles que les nouvelles idées, l’investissement, la modernisation, les résultats des études, et les notions de bien-être animal en Espagne, ne concerneront jamais les greyhounds de course de ce pays. L’Espagne est un membre de la World Greyhound Racing Federation, au même titre que le Royaume-Uni, l’Irlande, le Maroc, la Suède, Macao, l’Afrique du Sud, les Etats-Unis et l’Australie. Cependant, en 1999, le Bord na gCon a publié un rapport se désassociant de sa participation dans les exportations des Greyhounds en Espagne, et en 2001, s’est retiré du WGRF parce qu’il désapprouvait la manière un de ses membres gérait ses courses, l’Espagne. En outre, le Greyhound racing board britannique, et les fédérations de Victoria, d’Australie et de Saint-Petersburg (Floride), se sont également retirées cette année pour la même raison.
Aujourd’hui, alors que les courses de Greyhounds sont menacées pour des raisons de bien-être animal, grâce à la facilité des communications et des voyages, aux ressources documentaires, aux conférences traitant des Greyhounds de course, personne ne peut décemment plaider l’ignorance. À la suite des allégations faites par l’ISPCA et le RSPCA concernant le transport inhumain les 26/28 juin cette année des nouveaux lévriers importés à partir de l’Irlande à Barcelone, qui compromettent sérieusement le futur approvisionnement en chiens au cynodrome, je demande aux décisionnaires des courses de greyhounds en Espagne, de se demander si Meridiana a un réel avenir pour représenter les courses de Greyhounds en Espagne. Le cynodrome irrite non seulement les protecteurs des animaux mais jette également le déshonneur sur le sport même lui-même, rabaissant tous ceux qui sont conformes aux règlements et qui s’investissent pour rendre plus acceptable la vie des Greyhounds. Mon opinion à propos des améliorations notables à Barcelone : une insensible temporisation, prolongeant la douleur et reportant le débâcle. Ceci représente mon point de vue personnel.
Nous tous connaissons et aimons les greyhounds et travaillons inlassablement pour leur bien-être. Le Greyhound, tellement souvent soumis aux mauvais traitements, ne cherche jamais la vengeance et offre au contraire à ses tortionnaires confiance, courage et dévouement jusqu’au jour de sa mort. La plus basse forme d’immoralité est de tirer profit de cette qualité.

© SOS Galgos : manifestation contre les courses de lévriers en Espagne
A l’intiative de l’association espagnole “SOS Galgos”, une manifestation contre le cynodrome
Meridiana a réuni plus de 500 personnes à Barcelone. La fermeture du cyndrome serait inéluctable...
ce qui, ne le perdons pas de vue, entraînera une situation de crise sanitaire majeure : le sauvetage
des 800 malheureuses chiennes qui y sont détenues.
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